La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII ; acronyme anglais : AIIB), est une banque d’investissement proposée par la république populaire de Chine dans le but de concurrencer le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement1 pour répondre au besoin croissant d’infrastructures en Asie du Sud-Est et en Asie centrale. Cette banque s’inscrit dans la stratégie de la nouvelle route de la soie développée par la Chine.

Activités de la BAII

Depuis janvier 2020, la BAII compte 102 pays membres et membres potentiels, y compris 57 membres fondateurs dont l’Australie, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Italie, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. En janvier 2020, la BAII a approuvé un financement de plus de 12 milliards de dollars pour 64 projets et tient à jour une liste des projets proposés. La BAII a reçu une cote de crédit AAA de S&P, de Moody’s et de Fitch.

La BAII se place comme une institution « allégée, propre et verte ». Elle maintient cette vision dans le cadre des projets qu’elle finance et dans sa structure organisationnelle, y compris un engagement envers un modèle de dotation allégé et un conseil d’administration non résident.

La BAII a adopté le cadre de fonctionnement, les structures de gouvernance et les pratiques exemplaires des institutions financières internationales existantes. Par exemple, en mars 2017, la BAII a adopté la liste des personnes et des entreprises sanctionnées par l’ensemble des BMD. La BAII a également mis sur pied un ensemble de politiques et de lignes directrices rigoureuses, y compris un Cadre de gestion du risque et un Cadre environnemental et social afin d’appuyer l’atteinte des résultats sociaux et environnementaux de développement durable.

Histoire

Créée en janvier 2016 et située à Beijing, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) est une banque multilatérale de développement (BMD) axée sur le développement économique au moyen de financement d’infrastructures en Asie. Dotée d’un capital totalisant 100 milliards de dollars américains et orientée principalement sur l’infrastructure durable, la connectivité transnationale et la mobilisation des capitaux privés, la BAII complète d’autres efforts en matière de développement dans la région

L’idée de création de cette banque est évoquée pour la première fois en octobre 2013, lors d’une visite du président chinois Xi Jinping en Indonésie. L’objectif est de favoriser le développement des pays asiatiques et l’intégration économique régionale en répondant aux besoins d’infrastructures. Il s’agit également de mettre en place des institutions financières internationales moins dépendantes des États-Unis et de renforcer le rôle des acteurs régionaux dans la prise de décision. Les pays émergents s’estiment en effet sous-représentés dans les institutions financières existantes. La réforme aura fait passer de 4 à 6,4 % les droits de vote de la Chine, ce qui l’aurait placée juste derrière le Japon mais loin encore derrière les États-Unis dont la quote-part n’aurait que légèrement diminué que de 17,7 à 17,4 %. Ceci aurait permis aux pays des BRICS d’être parmi les 10 pays ayant la plus forte quote part, au détriment notamment du Canada. Bien que signé par le président américain Barack Obama en 2010, les Républicains du Congrès des États-Unis ont refusé de ratifier ce projet de réforme du Fonds Monétaire International2,3 (FMI). Ce blocage est un élément important qui explique le succès de la BAII4,5,6. En général la BAII, sur le papier, essaye de réparer des défauts perçus à la Banque mondiale, la Banque de développement d’Asie et d’autres institutions de développement qui ont été critiquées par la Chine pour être trop lourdes et trop contrôlées par les États-Unis et d’autres nations riches7.

En 2014, les droits de votes des États-Unis au FMI8 et la Banque Mondiale9 étaient respectivement de 16,75 % et 16,21 % (seulement de 3,81 % et 4,85 % pour la Chine). Cela donne, de facto, un droit de veto aux États-Unis. Pour la Banque asiatique de développement, les droits de vote des États-Unis et du Japon sont de 15,56 % et 15,67 % respectivement et de 6,47 % pour la Chine. En revanche, aucun pays seul n’aura le droit de veto à la nouvelle BAII10. Ce changement de droits de vote a été la clé pour obtenir l’appui européen.

En octobre 2014, une cérémonie de lancement de l’établissement a lieu à Pékin. Vingt et un pays signent un mémorandum d’entente pour construire la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures : la Chine, l’Inde, la Thaïlande, la MalaisieSingapour, les Philippines, le Pakistan, le Bangladesh, le Brunei, le Cambodge, le Kazakhstan, le Koweït, le Laos, la Birmanie, la Mongolie, le Népal, l’Oman, le Qatar, le Sri Lanka, l’Ouzbékistan et le Vietnam11.

L’Indonésie signe ce mémorandum d’entente en novembre 2014 et devient le 22e pays fondateur. Ces pays décident d’offrir la possibilité à d’autres pays de devenir membres fondateurs, sous réserve d’acceptation par les membres déjà présents, en déposant une candidature avant le 31 mars 2015.

Le 11 mars 2015, le Luxembourg fut le premier pays non régional à annoncer son souhait de devenir membre fondateur de la Banque. Le lendemain le Royaume-Uni, suivi de la France, l’Allemagne et l’Italie annoncent leur souhait de devenir membres de la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures12. La Suisse a fait de même quelques jours après13 et la Russie a également annoncé son accord fin mars 201514.

En ce qui concerne les 57 pays membres, le Japon est la seule grande économie en Asie à ne pas demander l’adhésion. Taiwan l’a également demandé, mais celle-ci a été rejetée. Même la Corée du Nord a demandé l’adhésion, mais beaucoup plus de transparence économique aurait été nécessaire pour qu’elle rejoigne la banque. Presque toute l’Europe occidentale, sauf l’Irlande, a officiellement adhéré à la BAII. Les États-Unis, le Canada et le Mexique ont tous refusé d’adhérer, Washington étant particulièrement critique vis-à-vis du nouveau projet, y compris en faisant pression sur ses alliés, pour qu’ils n’adhèrent pas. Quatorze pays européens dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – ont rejoint le projet en ordre dispersé. Pour le chercheur Christophe Jaffrelot, directeur de recherche CERI à l’IEP de Paris, « Beijing arrivera probablement à nouer les alliances qui lui permettront de jouir d’une coalition majoritaire au sein de la BAII. Mais ne pas jouer le jeu de cette initiative aurait été plus contre productif encore2. »

Le 19 décembre 2018, le conseil d’administration de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), a validé la demande d’adhésion de six nouveaux membres, parmi lesquels l’Algérie, le Ghana, la Libye, le Maroc et le Togo15.

Le 19 mars 2018, le Canada rejoint officiellement la BAII avec un mandat de 2 ans en tant que l’un des 12 administrateurs du conseil d’administration de la BAII à compter de juillet 201816.

Considérations géopolitiques et gouvernance

En ce qui concerne la géopolitique, tous les Etats BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – ont rejoint la banque. Ce projet sera un complément à la Nouvelle Banque de développement proposé par les BRICS en 201417. De plus, l’intérêt de l’Europe occidentale dans la BAII marque un contraste saisissant entre cette région et l’Amérique du Nord18. En réussissant à attirer 57 pays comme membres fondateurs le 29 juin 2015, la Chine a remporté un véritable succès diplomatique. En tout cas, la création de la BAII représente un tournant important majeur de l’insertion de la Chine dans l’ordre international .

La gouvernance de la nouvelle BAII n’a pas encore été déterminée, bien que la Chine soit censée soutenir un partage de 75 % entre les membres asiatiques et 25 % pour les pays non-asiatiques, avec des droits de vote au sein de chaque groupe alloués en fonction du Produit Intérieur Brut (PIB). Avec cette structure de gouvernance, la Chine aurait 43 % des voix, près de cinq fois plus que l’Inde. Mais, les alliés des États-Unis — le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et d’autres nations européennes, l’Australie et la Corée du Sud dans l’Asie-Pacifique — auraient, ensemble, seulement 28 % des voix.

Le dernier jour avant la date limite pour devenir membre fondateur (31 mars 2015), les États-Unis, par l’intermédiaire du secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, annoncent leur volonté de coopérer avec l’organisation. À la fin du mois de mars 2015, les dirigeants du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de développement ont également exprimé leur désir de coopération avec cette nouvelle institution19.

Membres

Carte des membres (en bleu et bleu clair) de la BAII.

Au 14 janvier 2022, la banque compte 89 membres20.

Membres de la région Asie-Pacifique

PaysDate d’adhésion
 Afghanistan2019
 Arabie saoudite2016
 Australie2015
 Azerbaïdjan2016
 Bangladesh2015
 Bahreïn2018
 Birmanie2015
 Brunei2015
 Cambodge2016
 Chine2015
 Corée du Sud2015
 Chypre2018
 Croatie2021
 Émirats arabes unis2016
 Fidji2017
 Géorgie2015
 Hong Kong2017
 Îles Cook2020
 Inde2016
 Indonésie2016
 Iran2017
 Israël2016
 Jordanie2015
 Kazakhstan2016
 Kirghizistan2016
 Laos2016
 Malaisie2017
 Maldives2016
 Mongolie2015
 Népal2016
 Nouvelle-Zélande2015
 Oman2016
 Ouzbékistan2016
 Pakistan2015
 Pérou2022
 Philippines2016
 Qatar2016
 Russie2015
 Samoa2018
 Singapour2015
 Sri Lanka2016
 Tadjikistan2016
 Thaïlande2016
 Timor oriental2017
 Tonga2021
 Turquie2016
 Vanuatu2018
 Viêt Nam2016

Membres non-régionaux

PaysDate d’adhésion
 Algérie2019
 Allemagne2015
 Argentine2021
 Autriche2015
 Belgique2019
 Bénin2020
 Biélorussie2019
 Brésil2020
 Canada2018
 Chili2021
 Côte d’Ivoire2020
 Danemark2016
 Égypte2016
 Équateur2019
 Espagne2017
 Éthiopie2017
 Finlande2016
 France2016
 Ghana2020
 Grèce2019
 Guinée2019
 Hongrie2017
 Irlande2017
 Islande2016
 Italie2016
 Liberia2021
 Luxembourg2015
 Madagascar2018
 Malte2016
 Norvège2015
 Pays-Bas2015
 Pologne2016
 Portugal2017
 Roumanie2018
 Rwanda2020
 Royaume-Uni2015
 Serbie2019
 Soudan2018
 Suède2016
 Suisse2016
 Uruguay2020

Références

  1.  Gabriel Grésillon, « La Chine va lancer sa banque asiatique d’investissement » [archive], Le Temps, 28 octobre 2014
  2. ↑ Revenir plus haut en :a et b Christophe Jaffrelot« Rest In Peace Bretton Woods ! » [archive], alternatives-internationales.fr (consulté le 17 juin 2015)
  3.  « Les États-Unis sommés d’adopter la réforme du FMI » [archive], Le Monde, 12 avril 2014
  4.  « Les pays émergents dénoncent l’inaction des Etats-Unis sur la réforme du FMI » [archive], sur huffpostmaghreb.com (consulté le 20 avril 2015)
  5.  « New-Model Development Finance » [archive] (consulté le 24 mai 2015)
  6.  (en) Scott Morris, « No, the US Will Not Join the AIIB – But Here’s One Thing It Can Do », Centre for Global Development,‎ 20 mars 2015
  7.  « How China Plans to Run AIIB: Leaner, With Veto » [archive] (consulté le 24 juin 2015)
  8.  (en) « IMF Members’ Quotas and Voting Power, and IMF Board of Governors » [archive], sur imf.org (consulté le 20 avril 2015)
  9.  (en) « International Bank for Reconstruction and Development – Subscriptions and voting powers of member countries » [archive], sur siteresources.worldbank.org (consulté le 20 avril 2015)
  10.  (en) Lingling Wei et Bob Davis, « China Forgoes Veto Power at New Bank to Win Key European Nations’ Support », Wall Street Journal,‎ 23 mars 2015 (ISSN 0099-9660lire en ligne [archive], consulté le 19 avril 2015)
  11.  « Pékin signe avec 20 pays pour établir une banque régionale en Asie » [archive], Le Monde, 20 octobre 2014
  12.  Fabrice Nodé-Langlois, « Pourquoi la France rejoint la nouvelle banque chinoise de développement » [archive], Le Figaro, 17 mars 2015
  13.  « Participation au processus de fondation de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures » [archive], Conseil Fédéral, Confédération suisse, 20 mars 2015
  14.  (en) Kenneth Rapoza, « Russia Joins China’s Asian Infrastructure Bank, But Doubts Its Power Against IMF » [archive], sur forbes.com (consulté le 16 avril 2015)
  15.  « L’Algérie, le Maroc et le Togo rejoignent la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures – Jeune Afrique » [archive], sur Jeune Afrique, 3 janvier 2019 (consulté le 7 juin 2020).
  16.  Ministère des finances Gouvernement du Canada, « La banque asiatique d’investissement dans les infrastructures » [archive], sur www.fin.gc.ca, 18 décembre 2018 (consulté le 22 mai 2019)
  17.  (en) « A BRICS development bank: a dream coming true? » [archive], United Nations conference on trade and development, sur unctad.org, mars 2014 (consulté le 26 avril 2015)
  18.  (en) Shannon Tiezzi, « China’s AIIB: The Final Tally » [archive], sur thediplomat.com (consulté le 26 avril 2015)
  19.  (en) « ADB, IMF, World Bank To Cooperate With China-Led Asian Infrastructure Investment Bank, Leaders Say » [archive], sur ibtimes.com (consulté le 26 avril 2015)
  20.  Members and Prospective Members of the Bank [archive]

Sources:https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_asiatique_d%27investissement_pour_les_infrastructures https://www.canada.ca/fr/ministere-finances/programmes/politiques-finances-echanges-internationaux/banque-asiatique-investissement-infrastructures.html