Perspectives du marché des obligations vertes, sociales et durables pour 2022 : tout se met en place

Le volume d’émissions d’obligations vertes, sociales et durables en 2021 a été plus élevé qu’anticipé et les experts de Crédit Agricole CIB prévoient une augmentation de 50% en 2022. Le changement climatique est désormais une priorité absolue dans le calendrier de toutes les parties prenantes. Toutes les énergies sont tournées dans la même direction, et à un rythme soutenu, pour que la transition énergétique devienne une composante clé sur les marchés de capitaux. Le rythme des émissions durables s’accélère Le volume d’émissions durables – les obligations vertes, sociales, durables et Sustainability-linked – en 2021 a été plus élevé qu’anticipé. Elles ont atteint 780 milliards d’euros à la mi-novembre (hors émissions d’obligations de l’État et des organismes fédéraux US et émissions hypothécaires US), soit une augmentation de près de 90 % par rapport à l’année dernière. Cette progression a été principalement portée par les émissions des Corporates, représentant près de 60 % du volume émis. La diversification des produits a été le principal facteur de croissance en 2021 et a permis à de nombreux émetteurs de rentrer sur le marché obligataire durable : Les émissions d’obligations vertes restent majoritaires et représentent la moitié des émissions durables ;  Les obligations Sustainability-linked (« SLB ») ont permis à de nouveaux émetteurs et à de nouveaux secteurs d’entrer sur le marché des émissions obligataires durables. Principalement émises par des Corporates non-financiers, elles comptent maintenant pour environ 10% des émissions durables cumulées depuis le début de l’année, alors qu’elles étaient encore négligeables l’année dernière ;  Le volume d’émissions sociales a diminué par rapport à 2020, qui avait connu une forte croissance en réponse à la pandémie. L’euro reste la principale devise d’émission et représente la moitié des émissions durables. Près d’1 trillion d’euros d’émissions obligataires en 2022 Nos projections sur les émissions obligataires durables montrent que les Corporates, les souverains et les agences continueront à montrer qu’ils prennent des mesures pour lutter contre le changement climatique à travers un marché obligataire durable profond, liquide et diversifié, et en recherchant des financements à cette fin par le biais de ces instruments. L’offre estimée d’obligations durables devrait augmenter de 50 % en 2022, pour atteindre 1,2 trillion d’euros. Les SLB devraient soutenir cette croissance et représenter 20% de l’offre durable à venir. La part des émissions libellées en Euros devrait diminuer jusqu’à atteindre environ 45 %, tandis que les émissions libellées en dollars américains devraient dépasser 35 % de l’offre durable totale. Les obligations vertes devraient demeurer le produit le plus émis, représentant environ 52% de l’offre. Bien qu’elle soit aujourd’hui largement tirée par l’Europe – grâce à la réglementation européenne sur le changement climatique – l’évolution politique et réglementaire dans d’autres régions pourrait favoriser encore davantage les émissions d’acteurs non-européens et dans d’autres devises. Évolution des émissions d’obligations durables et estimations pour 2022 par type d’émetteur (en milliards d’Euros) Estimation globale des émissions obligataires durable par produit en 2022 (%)  L’essor des obligations durables et la dynamique du « greenium » montrent l’appétit des investisseurs pour les obligations vertes par rapport aux obligations conventionnelles – cependant, les investisseurs sont de plus en plus nombreux à regarder au-delà des sous-jacents des obligations pour se concentrer sur les stratégies et le positionnement des émetteurs – le récent développement des SLB révèle également cette dynamique. Selon Damien de Saint Germain, Responsable de la Recherche Crédits & Stratégie de Crédit Agricole CIB : « Avec le temps, nous nous attendons à ce que les enjeux climatiques et de transition énergétique deviennent un élément clé de la prime de risque des émetteurs exigée par les investisseurs. Qu’il s’agisse des politiques, des régulateurs, des banques centrales, des investisseurs, des entreprises ou des agences de notations…Tous les acteurs intègrent les enjeux sur le climat dans leurs priorités, leurs cadres d’analyse et leurs modèles économiques, accélérant la prise en compte des effets de cette transition par les marchés de capitaux. ». Avec 6,5 % de parts de marché à fin 2020 (Bloomberg), Crédit Agricole CIB est l’un des leaders du marché des obligations vertes, sociales et durables. Crédit Agricole CIB est un acteur engagé sur le long terme afin de promouvoir la finance verte avec une organisation cohérente au sein des équipes, de la création à la distribution. Source : www.ca-cib.fr/pressroom/actualites/perspectives-marche-obligations-vertes-sociales-durables-pour-2022

Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures

La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII ; acronyme anglais : AIIB), est une banque d’investissement proposée par la république populaire de Chine dans le but de concurrencer le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement1 pour répondre au besoin croissant d’infrastructures en Asie du Sud-Est et en Asie centrale. Cette banque s’inscrit dans la stratégie de la nouvelle route de la soie développée par la Chine. Activités de la BAII Depuis janvier 2020, la BAII compte 102 pays membres et membres potentiels, y compris 57 membres fondateurs dont l’Australie, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Italie, la Corée du Sud et le Royaume-Uni. En janvier 2020, la BAII a approuvé un financement de plus de 12 milliards de dollars pour 64 projets et tient à jour une liste des projets proposés. La BAII a reçu une cote de crédit AAA de S&P, de Moody’s et de Fitch. La BAII se place comme une institution « allégée, propre et verte ». Elle maintient cette vision dans le cadre des projets qu’elle finance et dans sa structure organisationnelle, y compris un engagement envers un modèle de dotation allégé et un conseil d’administration non résident. La BAII a adopté le cadre de fonctionnement, les structures de gouvernance et les pratiques exemplaires des institutions financières internationales existantes. Par exemple, en mars 2017, la BAII a adopté la liste des personnes et des entreprises sanctionnées par l’ensemble des BMD. La BAII a également mis sur pied un ensemble de politiques et de lignes directrices rigoureuses, y compris un Cadre de gestion du risque et un Cadre environnemental et social afin d’appuyer l’atteinte des résultats sociaux et environnementaux de développement durable. Histoire Créée en janvier 2016 et située à Beijing, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) est une banque multilatérale de développement (BMD) axée sur le développement économique au moyen de financement d’infrastructures en Asie. Dotée d’un capital totalisant 100 milliards de dollars américains et orientée principalement sur l’infrastructure durable, la connectivité transnationale et la mobilisation des capitaux privés, la BAII complète d’autres efforts en matière de développement dans la région L’idée de création de cette banque est évoquée pour la première fois en octobre 2013, lors d’une visite du président chinois Xi Jinping en Indonésie. L’objectif est de favoriser le développement des pays asiatiques et l’intégration économique régionale en répondant aux besoins d’infrastructures. Il s’agit également de mettre en place des institutions financières internationales moins dépendantes des États-Unis et de renforcer le rôle des acteurs régionaux dans la prise de décision. Les pays émergents s’estiment en effet sous-représentés dans les institutions financières existantes. La réforme aura fait passer de 4 à 6,4 % les droits de vote de la Chine, ce qui l’aurait placée juste derrière le Japon mais loin encore derrière les États-Unis dont la quote-part n’aurait que légèrement diminué que de 17,7 à 17,4 %. Ceci aurait permis aux pays des BRICS d’être parmi les 10 pays ayant la plus forte quote part, au détriment notamment du Canada. Bien que signé par le président américain Barack Obama en 2010, les Républicains du Congrès des États-Unis ont refusé de ratifier ce projet de réforme du Fonds Monétaire International2,3 (FMI). Ce blocage est un élément important qui explique le succès de la BAII4,5,6. En général la BAII, sur le papier, essaye de réparer des défauts perçus à la Banque mondiale, la Banque de développement d’Asie et d’autres institutions de développement qui ont été critiquées par la Chine pour être trop lourdes et trop contrôlées par les États-Unis et d’autres nations riches7. En 2014, les droits de votes des États-Unis au FMI8 et la Banque Mondiale9 étaient respectivement de 16,75 % et 16,21 % (seulement de 3,81 % et 4,85 % pour la Chine). Cela donne, de facto, un droit de veto aux États-Unis. Pour la Banque asiatique de développement, les droits de vote des États-Unis et du Japon sont de 15,56 % et 15,67 % respectivement et de 6,47 % pour la Chine. En revanche, aucun pays seul n’aura le droit de veto à la nouvelle BAII10. Ce changement de droits de vote a été la clé pour obtenir l’appui européen. En octobre 2014, une cérémonie de lancement de l’établissement a lieu à Pékin. Vingt et un pays signent un mémorandum d’entente pour construire la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures : la Chine, l’Inde, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour, les Philippines, le Pakistan, le Bangladesh, le Brunei, le Cambodge, le Kazakhstan, le Koweït, le Laos, la Birmanie, la Mongolie, le Népal, l’Oman, le Qatar, le Sri Lanka, l’Ouzbékistan et le Vietnam11. L’Indonésie signe ce mémorandum d’entente en novembre 2014 et devient le 22e pays fondateur. Ces pays décident d’offrir la possibilité à d’autres pays de devenir membres fondateurs, sous réserve d’acceptation par les membres déjà présents, en déposant une candidature avant le 31 mars 2015. Le 11 mars 2015, le Luxembourg fut le premier pays non régional à annoncer son souhait de devenir membre fondateur de la Banque. Le lendemain le Royaume-Uni, suivi de la France, l’Allemagne et l’Italie annoncent leur souhait de devenir membres de la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures12. La Suisse a fait de même quelques jours après13 et la Russie a également annoncé son accord fin mars 201514. En ce qui concerne les 57 pays membres, le Japon est la seule grande économie en Asie à ne pas demander l’adhésion. Taiwan l’a également demandé, mais celle-ci a été rejetée. Même la Corée du Nord a demandé l’adhésion, mais beaucoup plus de transparence économique aurait été nécessaire pour qu’elle rejoigne la banque. Presque toute l’Europe occidentale, sauf l’Irlande, a officiellement adhéré à la BAII. Les États-Unis, le Canada et le Mexique ont tous refusé d’adhérer, Washington étant particulièrement critique vis-à-vis du nouveau projet, y compris en faisant pression sur ses alliés, pour qu’ils n’adhèrent pas. Quatorze pays européens dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – ont rejoint le projet en ordre dispersé. Pour le chercheur Christophe Jaffrelot, directeur de recherche CERI à l’IEP de Paris, « Beijing arrivera probablement à nouer les alliances qui lui permettront de jouir d’une coalition majoritaire au sein de la BAII. Mais ne pas jouer le jeu de cette initiative aurait été plus contre productif encore2. » Le 19 décembre 2018, le conseil d’administration de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), a validé la demande d’adhésion de six nouveaux membres, parmi lesquels l’Algérie, le Ghana, la Libye, le Maroc et le Togo15. Le 19 mars 2018, le Canada

La banque des brics, nouvel avatar d’un ordre mondial multipolaire

Tout un symbole : 70 ans après la conférence de Bretton Woods, qui avait donné naissance au FMI et à la Banque mondiale, le sixième sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a donné naissance, le 15 juillet 2014 à Fortaleza, à une Banque de développement et à un Fonds de réserve. Une étape décisive dans la refondation de l’ordre économique et politique international ?Doté chacune d’un capital de départ de 100 milliards de dollars, les deux nouvelles institutions auront pour particularité d’octroyer des prêts sans conditionnalité et de fonctionner sur base d’un mode de décision où chaque Etat membre dispose des mêmes droits de vote. Les BRICS ont ainsi pris soin de se démarquer des pratiques tant critiquées du FMI et de la Banque mondiale, dont les prêts sont conditionnés à des réformes macroéconomiques et sectorielles et dont le fonctionnement repose sur une démocratie censitaire (plus un Etat membre cotise, plus il a de droits de vote, avec un droit de veto pour les Etats-Unis).Annoncée au printemps 2013, l’idée de créer une Banque et un Fonds des BRICS n’aura pas mis beaucoup de temps à se concrétiser. Les dernières divergences qui existaient entre la Chine et l’Inde ont été apaisées par un compromis : le siège social de la Banque des BRICS sera situé à Shanghai, tandis que l’Inde assurera la présidence durant les cinq premières années. Chacun des BRICS apportera 10 milliards de dollars pour constituer un capital de 50 milliards appelé à être doublé d’ici l’entrée en vigueur effective de la Banque, prévue en 2016. Si les prêts auront pour priorité le financement des infrastructures dans les BRICS, d’autres pays en développement pourront également à terme y participer et en bénéficier – l’Argentine a ainsi été le premier pays à se porter officiellement candidat.Le Fonds de réserve, officiellement baptisé « Contingency Reserve Arrangement » (CRA), aura également un capital de départ de 100 milliards de dollars, dont 41 milliards apportés par la Chine, 18 milliards par l’Inde, le Brésil et la Russie, et 5 milliards par l’Afrique du Sud. Ce Fonds aura pour but d’enrayer les crises de balance des paiements, en octroyant des lignes de crédits à court terme en cas de déséquilibres financiers, et aura la possibilité d’emprunter sur les marchés pour augmenter ses capacités de prêts. Nouvel avatar de la coopération sud-sud La création d’une Banque et d’un Fonds des BRICS est une nouvelle illustration de la montée en puissance de la coopération Sud-Sud, qui est elle-même le reflet du « basculement » du monde. Depuis le début des années 2000, plus de la moitié de la croissance économique mondiale a été produite par les pays en développement, et plus particulièrement les pays à forte croissance comme la Chine, les autres BRICS et les pays d’Asie orientale. Ce phénomène a évidemment été exacerbé par la récession économique qu’ont connue les pays industrialisés suite à la crise mondiale de 2008-2009. Il en a découlé des échanges Sud-Sud sans cesse croissants, aussi bien en termes d’aide au développement qu’en termes de commerce et d’investissements privés.Désormais, plus de la moitié du commerce mondial est Sud-Sud et près de 40% des investissements directs étrangers dans le monde sont le fait d’entreprises du Sud – dans les deux cas, les BRICS concentrent plus de la moitié de ces flux. C’est l’augmentation du commerce de la Chine avec les pays en développement qui a été la plus impressionnante : entre 2000 et 2012, le commerce entre la Chine et l’Afrique a été multiplié par vingt et celui entre la Chine et l’Amérique latine par vingt-deux ! La Chine est désormais le premier partenaire commercial de 128 pays dans le monde !La Banque et le Fonds des BRICS s’inscrit ainsi dans un panorama plus large où les puissances émergentes du Sud revendiquent plus de poids dans le système international et mettent fin au monopole occidental en matière de financement du développement. Plusieurs initiatives ont ainsi été prises par le passé par les pays émergents : dès 2000, les pays d’Asie orientale (ASEAN+3) avaient créé un fonds de réserve régional, baptisé « initiative de Chiang-Mai » et qui était présenté comme un complément régional au FMI ; en 2007, les pays latino-américains avaient annoncé la création d’une Banque du Sud qui n’est toutefois jamais entrée en vigueur ; à partir de 2009, les BRICS se sont coalisés pour revendiquer une réforme des droits de vote du FMI et de la Banque mondiale, en vue d’aboutir à une répartition 50/50 entre pays développés et en développement. Si une modeste réforme des droits de vote a été acquise à la Banque mondiale, il n’en fut rien au FMI, suite au refus du Congrès des Etats-Unis – alors que la réforme ne remettait pas en cause le droit de veto américain. Par ailleurs, l’engagement pris en 2009 par le G20 de mettre un terme à la tradition octroyant la présidence de la Banque mondiale à un Américain et celle du FMI à un Européen n’a pas été respecté.C’est dans ce contexte que les BRICS ont décidé de créer leur propre Banque et leur propre Fonds. Parallèlement, la Chine a annoncé la création d’une Banque asiatique pour l’investissement dans les infrastructures, dotée elle aussi d’un capital de départ de 100 milliards de dollars, venant ainsi concurrencer la Banque asiatique de développement, filiale de la Banque mondiale contrôlée par le Japon et ses alliés occidentaux. L’Inde a été invitée par la Chine à devenir membre fondateur de cette nouvelle banque régionale de développement, tandis qu’en Amérique latine, la Banque de développement du Brésil octroie déjà plus de prêts que la Banque mondiale dans la région. Reflet d’un ordre mondial de plus en plus multipolaire Après avoir cherché à réformer les politiques et le mode de décision du FMI et de la Banque mondiale, les BRICS ont donc décidé de créer leurs propres institutions, qu’ils présentent comme complémentaires plutôt que rivales des institutions de Bretton Woods. Il est évidemment trop tôt pour déterminer si ces nouvelles institutions se révéleront efficaces et si elles contribueront durablement à la construction d’un

Les instruments de finance et investissement multipolaires

Le G20 : le symbole d’un monde multipolaire et interdépendant Les crises chroniques de l’économie et de la finance internationales sont à l’origine d’une institutionnalisation de la gouvernance mondiale au-delà du simple cadre onusien. La pertinence du cadre offert par le Conseil de sécurité n’a pas résisté à la mutation des rapports de force sur la scène internationale. La donne a changé avec la fin de la guerre froide et l’émergence de nouvelles puissances dans un monde multipolaire et interdépendant. La création du G20 exprime la volonté d’adapter la gouvernance mondiale à la mutation des équilibres internationaux.Le G20 permet un échange interétatique et multilatéral plus ouvert, plus équilibré, et plus représentatif. Le G20 est formé des vingt premières puissances économiques mondiales qui représentent environ 90% du PIB mondial, alors que les économies du G8 en réunissent moins de 60%. La réunion de puissances occidentales et de puissances émergentes renforce la légitimité de ce nouvel instrument de la gouvernance mondiale, même si leurs intérêts propres demeurent le plus souvent contradictoires.Malgré l’évolution structurelle, la composition du G20 reste déséquilibrée. Le monde occidental est sur-représenté, alors que certaines régions du monde sont quasi absentes. Le poids des États de l’Europe occidentale (Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie) de l’Union européenne et de l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) témoigne de cette surreprésentation occidentale. L’affirmation de puissances émergentes se traduit par la participation de trois pays d’Amérique centrale/du Sud (Mexique, Brésil et Argentine) et de six États d’Asie-Pacifique (Chine, Inde, Japon, Indonésie, Corée du Sud et Australie). L’Afrique (Afrique du Sud), le Moyen-Orient (l’Arabie saoudite et la Turquie) et l’Asie continentale (Russie) sont sous-représentés. Le critère premier de représentation est d’ordre économique et ne relève pas d’une logique de justice démocratique.

Les nouvelles dynamiques de la finance mondiale

Un rééquilibrage par les pays émergents? Selon Jacques de Larosière, dans son article devenu célèbre paru en 2008,  l’économie mondiale est de plus en plus intégrée financièrement et les mouvements de capitaux entre pays émergents et pays « avancés » sont devenus massifs. Quelles sont les conséquences à moyen terme de cette intégration? Dans quelle mesure la puissance financière mondiale n’est-elle pas déjà passée du monde « industrialisé » à celui des pays émergents en excédent de balance des paiements? Les réflexions qui suivent s’ordonneront autour de trois thèmes: depuis quelques années, l’accumulation par les pays émergents d’excédents spectaculaires de balance des paiements courants a contribué à changer profondément la répartition des réserves extérieures dans le monde; les conséquences de ces changements sur le « pouvoir financier » mondial doivent cependant être évaluées de façon nuancée; le système monétaire international est loin de s’être adapté à la nouvelle donne financière mondiale. Ces chiffres sont d’une portée économique considérable: le déficit des États-Unis a atteint 6,2% de leur produit intérieur brut (PIB) en 2006 (5,7% estimés pour 2007). Quant à l’excédent de la Chine, il a représenté 9,4% de son PIB en 2006 (11,7% estimés pour 2007). Ces ordres de grandeur représentent des records historiques et reflètent, à la vérité, une situation paradoxale. Traditionnellement, les pays industrialisés avaient des excédents de balance des paiements et exportaient leurs surplus vers les pays en développement. Aujourd’hui, nous assistons à un phénomène inverse: ce sont les pays dits « émergents » qui sont devenus les créanciers, sinon du monde industrialisé dans son ensemble (en effet, l’Union européenne est en équilibre et le Japon en excédent), des États-Unis dont le déficit courant est entièrement compensé par les apports de capitaux des pays émergents. Des excédents spectaculaires pour les pays émergents L’ampleur du phénomène Le tableau qui suit donne une mesure des changements majeurs intervenus depuis une dizaine d’années dans la répartition des déficits et des excédents de la balance des paiements mondiale. Ces chiffres sont d’une portée économique considérable: le déficit des États-Unis a atteint 6,2% de leur produit intérieur brut (PIB) en 2006 (5,7% estimés pour 2007). Quant à l’excédent de la Chine, il a représenté 9,4% de son PIB en 2006 (11,7% estimés pour 2007). Ces ordres de grandeur représentent des records historiques et reflètent, à la vérité, une situation paradoxale. Traditionnellement, les pays industrialisés avaient des excédents de balance des paiements et exportaient leurs surplus vers les pays en développement. Aujourd’hui, nous assistons à un phénomène inverse: ce sont les pays dits « émergents » qui sont devenus les créanciers, sinon du monde industrialisé dans son ensemble (en effet, l’Union européenne est en équilibre et le Japon en excédent), des États-Unis dont le déficit courant est entièrement compensé par les apports de capitaux des pays émergents. Les pays émergents disposent des trois quarts des réserves mondiales Les augmentations intervenues depuis une dizaine d’années dans les réserves extérieures de ces pays (grâce, en grande partie, à des excédents courants successifs) sont saisissantes. Du fait de ces changements, le montant total des réserves détenues par les pays émergents dépasse 3 trillions de dollars (contre moins d’un trillion en 2000) et représente 72% des réserves mondiales (contre 59% en 2000). Ainsi, la Chine détient-elle aujourd’hui plus de 1,4 trillion de dollars avec actuellement une augmentation mensuelle de l’ordre de 40milliards de dollars (Md$). Elle est devenue, de ce fait, le premier investisseur mondial. C’est là un changement profond dans l’équilibre financier international. Les États-Unis sont maintenant un débiteur net face à des pays comme la Chine qui jouissent d’une position fortement créditrice. Ces changements avantagent, à maints égards, les économies émergentes Cette masse de réserves à la disposition des pays émergents présente, en effet pour eux, des avantages importants:elle assure un volant de liquidités et une sécurité qui avaient fait défaut à l’Asie durant la crise financière de 1997; En permettant les remboursements d’emprunts, elle desserre la contrainte de l’endettement extérieur qui, jusqu’à ces dernières années, limitait les marges de manœuvre de ces pays (voire les soumettait à la « conditionnalité » du Fonds monétaire international [FMI]).Elle contribue à stabiliser les marchés financiers de ces pays dont les taux de change étaient jusque-là très sensibles à la volatilité des mouvements de capitaux, volatilité elle-même exacerbée par la faiblesse des réserves extérieures de nombre de ces pays;Elle explique en partie – alors que l’économie des pays industrialisés et notamment celle des États-Unis commencent à ralentir – le maintien d’une croissance forte dans le monde émergent, croissance sans doute moins dépendante aujourd’hui des variations du cycle économique des pays « avancés » que ce n’était le cas voici encore sept à huit ans. La montée des classes moyennes ainsi que le potentiel de croissance de la consommation interne de ces pays rendent, en effet, leurs économies moins directement tributaires de la conjoncture extérieure. Il reste qu’une récession prolongée aux États-Unis aurait des incidences non négligeables sur les pays émergents du fait de la réduction des importations des États-Unis; Elle donne aux pays émergents un instrument de puissance, voire de pression, à travers le choix des modes de détention de leurs excédents de balance des paiements (réserves investies en bons du Trésor ou acquisitions d’actifs divers sur les marchés financiers des pays avancés). Malgré ces avantages, le fait d’immobiliser une grande partie de leur épargne en réserves dont le rendement est relativement faible présente pour ces pays un « coût d’opportunité » non négligeable. L’investissement d’une partie significative de ces excédents dans leurs propres économies qui connaissent des taux de croissance élevés serait, sans doute, avisé [1][1]De plus, la stérilisation des interventions (achats de devises)… à long terme, et réduirait le montant des excédents courants. Les raisons de ce renversement Elles peuvent être sommairement évoquées de la façon suivante: Les États-Unis ont suivi, depuis une dizaine d’années au moins, une politique monétaire expansive qui s’est traduite par des taux d’intérêts faibles et a encouragé la consommation intérieure. Ainsi, l’épargne intérieure (et notamment celle des ménages) n’a pas assuré le financement

La diplomatie au service du développement économique

Par Jean Tele Udimba* La diplomatie a d’abord été un échange entre deux États, d’où le nom de diplomatie bilatérale. Mais à partir du XXe siècle et notamment à partir de la Seconde Guerre mondiale, avec le développement des organisations internationales, un nouveau type d’ambassadeur est apparu, l’ambassadeur multilatéral, qui représente son pays auprès de telle ou telle organisation internationale (ONU, UE, UA, OTAN, OCDE par ex.) et auprès des institutions européennes ou africaines. Aujourd’hui ces deux modèles de la diplomatie sont appelés à s’adapter à la globalisation des économies où les rôles traditionnels des ambassadeurs multi et bilatéraux doivent changer. La tâche des diplomates évolue donc avec la globalisation des échanges commerciaux. Bien que deux domaines de la diplomatie traditionnelle gardent leur signification. Il s’agit d’une part du travail consulaire dont l’activité est accrue en raison de la plus grande mobilité des gens et, d’autre part, de la promotion des contacts culturels qui doit continuer à être définie de façon bilatérale. Ayant atteint le stade de la maturité et unanimement appréciée, la diplomatie doit à présent, encore plus que par le passé, participer activement dans les réponses à apporter aux préoccupations des peuples. Elle doit aussi contribuer à faire entrer harmonieusement le pays dans le monde de l’économie mondiale qui se met en place. Une profonde restructuration de la diplomatie devra être opérée en ciblant les missions diplomatiques à l’étranger en fonction des objectifs spécifiques et des intérêts de chaque pays ( échanges commerciaux, technologiques, financement et investissement). La mondialisation et la globalisation des problèmes obligent la plupart des pays à réviser les pratiques de la diplomatie classique pour adopter une approche plus pragmatique, qui consiste à orienter les activités et toutes les initiatives de la diplomatie vers des objectifs de développement économique et social. Cette diplomatie qui se veut plus active, plus dynamique en direction des partenaires d’affaires dans un nouvel environnement global doit contribuer avantageusement au développement économique de pays. Elle constitue ce que nous appelons  » une diplomatie des affaires. Il est devenu important de constater que l’économie occupe une place considérable dans l’univers présent : elle sert de grille d’explication universelle, elle est perçue, à tort ou à raison, comme le moteur principal de l’histoire du genre humain, elle est l’instrument de mesure des réussites et des échecs. La croissance du produit national brut est devenue le principal indicateur du progrès, le développement de l’humanité se mesure en pouvoir d’achat, le rayonnement d’un pays passe par l’activité et l’inventivité de ses entreprises enfin, sur la scène internationale, l’autorité des nations repose sur des « fondements » solides et une batterie de bons indicateurs. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que l’économie semble accaparer une part grandissante des relations internationales et, par voie de conséquence, happer inéluctablement la diplomatie à laquelle elle impose ses préoccupations, ses échelles de valeurs et ses ordres du jour. La diplomatie économique n’est cependant pas née d’hier. De tout temps, la défense des négociants travaillant sur des terres étrangères, le soutien de leurs entreprises et la sécurité des routes qu’empruntaient les marchandises ont compté dans la politique extérieure des États comme faisant partie de leur mission fondamentale de protection de leurs nationaux et d’organisation des relations avec les autorités étrangères. Ce qui est nouveau est l’élargissement des horizons avec l’irruption de nouveaux sujets qui ont entraîné la diplomatie vers de nouvelles méthodes, de nouveaux agendas et de nouveaux lieux. Cela conduit à soulever au passage un grand nombre de questions qui ne sont pas secondaires sur les pouvoirs réels des États face au fonctionnement autonome des marchés et sur l’efficacité de leur activité diplomatique vis-à-vis d’entreprises qui se développent dans un univers où les gouvernements ne font plus la pluie et le beau temps. C’est pourquoi la diplomatie économique prend une telle importance. Dans un contexte où la distinction classique entre le politique et l’économique, entre l’intérieur et l’extérieur, n’ont plus grand sens, elle ne peut plus être seulement l’expression d’une politique étrangère. La nouvelle diplomatie exigée maintenant des nouvelles approches, des nouvelles stratégies et des nouvelles méthodes. La mondialisation des marchés a eu un impact puissant sur la diplomatie classique. Dans le passé, la guerre froide a mis un frein sur l’implication des ambassadeurs de certains pays dans les négociations des affaires. Aujourd’hui les accords des investissements et des financements sont très souvent négociés au plus haut niveau par l’intermédiaire des ambassades. De plus en plus les ambassadeurs sont moins attachés aux tâches protocolaires ou à la diplomatique traditionnelle et sont néanmoins orientés vers des tâches nouvelles comme la promotion active de leur pays en termes des investissements, des financements et du développement. Cette diplomatie économique vise notamment à renforcer les relations commerciales par le biais de négociation des affaires. C’est particulièrement vrai sur le plan économique dont l’ampleur de la nouvelle diplomatie incite les ambassadeurs à devenir des cadres et des agents de la mondialisation des marchés. La nouveauté réside dans le fait que la diplomatie commerciale traditionnelle est devenue pleinement économique. D’abord, elle couvre toutes les formes de l’action économique, intégrant les négociations d’affaires, les échanges commerciaux, mais également la recherche des financements et des investissements. L’appui aux entreprises nationales s’inscrit désormais au cœur de la mission de la nouvelle diplomatie des affaires. Le diplomate doit posséder une culture suffisante pour interpréter l’évolution des marchés nationaux et internationaux, des marchés financiers et du monde économique. Il doit également communiquer davantage pour répondre à des opinions publiques de plus en plus alertées c.-à-d. utiliser la nouvelle communication pour promouvoir son pays (réseaux sociaux, Face book, Internet, You tube, twitter, Blog, presse spécialisée etc. L’accès des entreprises aux marchés des pays émergents doit être facilité par la nouvelle diplomatie. Ainsi, la « diplomatie des affaires » du 21e siècle deviendra un instrument essentiel de pénétration des marchés. Les diplomates doivent également devenir des modèles de compétence, de polyvalence, d’efficacité, d’intégrité morale et de patriotisme pour faire face à ce monde multipolaire. Reste au gouvernement de mettre des